Les articles essentiels

Changez d’alimentation

Par le Pr Joyeux

 

Celui ou celle qui veut éveiller sa conscience doit également prendre soin de son corps  physique afin de trouver la force d’accomplir sa destinée. « Mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain) nous dit à raison l’ancien adage.

 

Choisir une nourriture saine et éviter les écueils de l’alimentation moderne sont des atouts majeurs pour avancer sur le chemin de l’harmonie intérieure. En effet, la manière dont nous nous nourrissons et les substances que nous ingérons quotidiennement ont un impact direct sur notre santé physique et psychique et sur notre équilibre naturel.

 

Comment prévenir les cancers, les maladies auto-immunes, la polyarthrite, la sclérose en plaques, la maladie d’Elzheimer… ? Peut-être la réponse se trouve-t-elle en partie dans notre assiette…

 

 Un large public s’oriente vers des comportements alimentaires nouveaux à la fois écologiques et plus scientifiques. Il se rend bien compte que toutes les publicités qui promotionnent tant de produits alimentaires sont à moitié fausses et à moitié vraies. Elles le poussent à consommer en lui faisant croire que c’est bon pour sa santé, même quand c’est l’inverse. Peu importe, semblent dire les concepteurs de toutes ces publicités.

 

≪ Faisons consommer le plus possible et s’il y a maladie, la médecine s’en occupera. ≫ Le nombre de nouveaux malades ne cesse d’augmenter : obésité, diabète, cancer chez des personnes de plus en plus jeunes et toute la série des maladies auto-immunes avec leurs multiples symptômes qui touchent de la tête aux pieds.

 

Le remède dans notre assiette

 

L’alimentation est devenue la ≪ première médecine ≫ rejoignant les conseils du père de la médecine, Hippocrate, 500 ans avant notre ère. Nous devons donc promouvoir des comportements plus écologiques individuels et collectifs. Ainsi nous consommerons moins de médicaments.

 

D’ailleurs consommer plus de 3 médicaments est rarement justifié, tant les interactions entre eux sont nombreuses. On n’a jamais vu autant d’hospitalisations pour des raisons « iatrogènes » (130000 hospitalisations par an), ce qui veut dire par erreur de prescription et de consommation médicamenteuse. Cela n’empêche pas l’industrie pharmaceutique de mettre au point différentes méthodes pour convaincre les bien-portants qu’ils ne vont pas bien, quitte à fabriquer de nouvelles maladies (enquête santé de 60 millions de consommateurs, INC septembre 2007) : attaque de panique, prévention de la dépression précoce qui accompagnent la promotion de nouvelles molécules. Tout cela n’est pas étonnant puisque l’industrie contrôle directement ou indirectement la majorité des communications scientifiques.

 

La ≪ cohérence ≫ du fonctionnement de notre organisme fait que les nouveaux comportements alimentaires éviteront d’abord le surpoids, l’obésité, le diabète. Ils préviendront ou amélioreront en plus de l’ostéoporose bien d’autres maladies souvent chroniques et handicapantes qui remplissent les consultations d’un grand nombre de spécialités médicales, nombre de cancers et de maladies dites ≪ auto-immunes ≫.

 

C’est pour ces raisons que tous les médecins, quelle que soit leur spécialité, devraient avoir une formation en nutrition avec des mises à jour régulières. Aujourd’hui, je remarque souvent que les patients en savent plus que leur médecin. Au-delà de l’alimentation, ce sont des changements d’habitude qui s’imposent. Il y a urgence.

 

Je résumerai en parlant des ≪ comportements méditerranéens ≫ : alimentation variée, soleil, activité physique au grand air, une véritable ≪ philosophie de vie méditerranéenne ≫.

 

Un peuple est en meilleure santé quand il consomme moins de médicaments, moins d’hospitalisations et qu’il peut réduire ses budgets santé. Le vieillissement de la population ne devrait pas être synonyme de dépenses de santé dans l’avenir. On peut avancer en âge, vieillir en restant en bonne santé. Cela dépend surtout de nos comportements, encore faut-il que le grand public soit averti.

 

Les vertus de l’huile d’olive

 

 On a observé une augmentation de 4 % de la consommation d’huile d’olive entre 2006 et 2007. La France en consomme 100000 tonnes et en produit moins de 6000 par an. L’huile d’olive contient de l’hydroxytyrosol qui est un antioxydant majeur. C’est un polyphénol qui protège la vitamine E contre l’oxydation.

 

De plus, l’acide oléique de l’huile d’olive est fort utile pour transporter et fixer le calcium sur l’os. Il joue donc un rôle essentiel dans la prévention de l’ostéoporose.

 

L’huile d’olive, riche en acide oléique, est la principale graisse présente dans le régime méditerranéen dont la teneur élevée en acides gras mono-insaturés est le garant de son succès diététique.

 

La consommation de polyphénols a été associée à une moindre incidence des cancers et à une moindre mortalité par maladie coronaire.

 

Les phénols jouent un rôle dans son profil ≪ thérapeutique ≫. Dans cette optique, l’huile d’olive vierge est encore plus riche en phénols que la forme raffinée. Les polyphénols alimentaires ont des vertus antioxydantes et anti-inflammatoires. Ils sont en outre capables d’améliorer le dysfonctionnement cellulaire et le profil lipidique.

 

L’effet anti-inflammatoire de l’huile d’olive a été publié dans Nature en septembre 2005, en la comparant avec l’anti-inflammatoire nommé Ibuprofène. Cinquante grammes d’huile d’olive vierge fraichement pressée, équivalent à environ 10 % de la dose d’Ibuprofène recommandée pour calmer les douleurs chez l’adulte.

 

 Les produits de la ruche

 

Nous avons eu la chance de connaître le plus grand spécialiste européen de tout ce que fabriquent les abeilles pour l’homme. Il s’agit de Patrice Percie du Sert, ingénieur agronome qui a su valoriser toutes les qualités nutritionnelles de ce que les abeilles font pour nous. Il est le créateur d’une merveilleuse structure près d’Agen dénommée ≪ Pollenergie ≫, à La Grabère (47450 Saint-Hilaire-de-Lusignan). Voir son site très bien conçu : www.pollenergie.fr. C’est à lui que nous empruntons les données qui suivent ainsi qu’à son excellent livre : Ces pollens qui nous soignent, Ed. Tredaniel, 2006.

 

– La gelée royale : nommée aussi lait d’abeille, secrétée par les abeilles, destinée à l’alimentation des larves au premier stade de leur développement, elle constitue l’alimentation exclusive de la reine durant toute son existence. Dans la Chine antique, elle assurait longévité et vigueur sexuelle. Elle contient des acides aminés, des minéraux, oligoéléments et vitamines du groupe B, indispensables pour le système nerveux. Efficace de 0,5 g à 1 g par jour, elle peut être prise toute l’année et surtout dans les périodes d’épidémie de grippe ou de baisse de vitalité.

 

– Le pollen : né de l’abeille et de la fleur, le pollen est un aliment fragile, plein de substances antioxydantes. Il peut jouer le rôle de probiotiques protégeant notre tube digestif de la flore pathogène. Le pollen contient 1 a 10 millions de ferments lactiques par gramme. Cette flore est parfaitement conservée par la congélation et détruite si on sèche le pollen. Ce système microbien empêche tout germe de putréfaction de s’établir dans le pollen. L’INRA de Toulouse a pu montrer que le pollen peut inhiber 7 germes pathogènes : les proteus vulgaris et mirabilis, souvent responsables d’infections urinaires ; le staphylococcus aureus, responsable d’intoxication alimentaire jusqu’à la septicémie ; la yersiniaente rocolitica, responsable de gastro-entérites, et les salmonelles, responsables de la typhoide et autres salmonelloses.

 

– La propolis : il s’agit de la résine que les abeilles vont chercher sur les bourgeons de peupliers de mai à septembre. Les abeilles en enduisent tout l’intérieur de la ruche pour maintenir une asepsie absolue dans la ruche, digne d’une salle d’opération. La propolis stimule l’activité des cellules impliquées dans notre immunité naturelle. Hippocrate déjà, 500 ans avant J.-C., la prescrivait pour réduire toute la gamme des maux de gorge jusqu’aux ulcères. Elle est riche de 300 composés, essentiellement des bioflavonoides, des acides aromatiques et leurs esters. Elle est connue pour ses propriétés antiseptiques, notamment antifungiques et elle est aussi un puissant modulateur de l’immunité. La propolis est plus efficace si elle est récoltée fraiche, avec des grilles dans les ruches pour la récolter.

 

Les vertus anti-cancer de la propolis

 

Chez les petits animaux auxquels on greffe des tumeurs malignes d’origine humaine, la propolis a un rôle immunostimulant sensibilisant, facilitant l’efficacité de la chimiothérapie pour la destruction tumorale. Les Japonais en consomment 500 tonnes par an dans le domaine de la santé.

 

De même a été démontré un effet préventif des métastases du cancer de la mamelle chez la souris par les pollens de colza et de châtaignier : baisse de 38,66 % du nombre de métastases induites, avec le pollen de colza et de 23,52 % avec le pollen de châtaignier (Orsolic N., Basic L., Faculty of Science, University of Zagreb – Croatia – publie dans le livre Ces pollens qui nous soignent, de Percie du Sert). Comme sur les souris, la propolis, en protégeant l’immunité, devrait démontrer sur l’homme une augmentation de l’efficacité des chimiothérapies, tout en diminuant les effets délétères de celles-ci. C’est sans danger.

 

De tels résultats permettent d’imaginer une étude clinique en double aveugle chez des patients soumis à des chimiothérapies a visée curative ou palliative.

 

 Le fer dans l’alimentation

 

 Les végétariens ne consommant pas de viande seraient carencés en fer. Ce n’est pas si sûr. Dans son étude sur le végétarisme, l’Office fédéral allemand de la santé, basé a Berlin, affirme : ≪ Nos recherches ont montré que les femmes végétariennes ont un niveau plus faible de fer et d’hémoglobine. Cependant, aucune conséquence clinique n’a pu être démontrée. Récemment, d’autres théories ont fait leur apparition au sujet des besoins en fer : certains scientifiques considèrent qu’un niveau plus faible de fer dans le sang est plus sain. ≫ La nécessite de consommer des suppléments en fer est très discutable.

 

L’étude de Berlin n’est pas la seule consacrée à ce thème. Toutes les recherches sérieuses arrivent à la même conclusion (les études financées par l’industrie du lait ou de la viande arrivent bien sur à des résultats contraires à ceux mentionnés précédemment !). Une étude de l’Institut des sciences de l’alimentation de l’université Justus Liebig de Giessen souligne que : ≪ Le niveau de fer chez les végétariens est généralement plus bas que la moyenne. Mais comme la valeur standard se base sur celle des consommateurs de viande, il faut se poser la question de savoir si cette norme est valable pour les autres. Cette discussion repose sur la constatation qu’un niveau de fer plus bas que la moyenne offre une meilleure protection contre les maladies infectieuses et les infarctus. ≫ Certaines études vont même plus loin et affirment qu’il y a une relation entre les maladies de civilisation et une surconsommation de fer. Cela est le cas pour la maladie d’Alzheimer ; on constate en effet une teneur très élevée en fer dans le cerveau des personnes atteintes de cette maladie.

 

 Il est également très important de nourrir les bébés avec du lait maternel et de ne pas le remplacer par du lait de vache car cela diminue la capacité d’absorption du fer chez les enfants (l’ajout de fer dans le lait de vache n’arrive pas à compenser cet effet).

 

En moyenne une personne omnivore absorbe 25 a 30 % de la quantité totale de fer ingérée avec des aliments d’origine animale (viande, poisson, œufs, lait…). Cela signifie que les consommateurs de viande tirent la plus grande part de fer d’aliments végétaux. Le fait que la viande soit la seule source alimentaire de fer est faux. Il faut souligner que chez les végétariens ayant consommé toute leur vie une nourriture végétale équilibrée, on ne constate pas de manque de fer. L’organisme des végétariens assimilerait-il mieux le fer que celui des consommateurs de viande ?

 

 La vitamine C indispensable pour absorber le fer

 en particulier des végétaux

 

Les aliments à haute teneur en vitamine C doivent être consommés en grande quantité, car la vitamine C facilite l’assimilation du fer. Si les consommateurs de viande ressentent souvent un grand besoin de boissons contenant de la caféine (café, thé noir, cacao, cola), c’est parce que l’absorption de ces boissons fait baisser la teneur en fer de leur organisme, trop élevée du fait de la consommation de viande. Et chez eux la prise de vitamine C est le plus souvent insuffisante.

 

Les végétaux contenant le plus de fer en mg/100 g sont :

 

Ortie : 41; levure de bière: 17,5 ; gingembre : 17 ; graines de sésame : 10 ; farine de soja : 10 ; millet : 9 ; seigle : 9 ; graines de soja : 8,6 ; persil cru : 8 ; graines de blé: 7,5 ; pistaches : 7,3 ; lentilles : 6,9 ; chanterelles : 6,5 ; avoine : 5,8 ; (pour info - pâté de foie : 5,4) ; amandes : 4,7 ; noisettes : 3,8 ; froment : 3,3 ; (pour info - tranche de veau : 3) ; riz : 2,6 ; maïs : 1,5 ; (l’œuf : 1,4) ; (la truite : 0,7) – en référence le foie de porc contient 22 mg.

 

 Le régime végétarien

 

Il admet les œufs, les laitages et les fromages. Des troubles digestifs, en particulier coliques (sigmoidites diverticulaires), peuvent résulter de la consommation exclusive d’aliments crus.

 

Beaucoup de végétariens consomment des ≪ produits de l’agriculture biologique ≫: c’est ce logo AB qu’il faut exiger pour ces produits. Cette homologation officielle, dont la France a pour l’instant l’exclusivité, permet de chasser le faussaire. Les appellations ≪ naturel ≫, ≪ sans conservateur ≫, ≪ sans nitrate ≫, ≪ rustique ≫, ≪ traditionnel ≫, ≪ grand-père ≫, ≪ mamy, papy ≫ n’ont aucune signification. Même l’étiquette ≪ bio ≫ des produits allemands ou anglais qui envahissent nos rayons diététiques est sans signification.

 

Le régime à tendance ≪ végétarienne ≫ est certainement le plus logique et le meilleur pour la santé que l’on puisse conseiller.

 

Vivre est un art

 Petit traité de vie spirituelle

Par Frédéric Lenoir

 Exister est un fait, vivre est un art.

 

 Nous n’avons pas choisi de vivre, mais il nous faut apprendre à vivre comme on apprend à jouer du piano, à cuisiner, à sculpter le bois ou la pierre. C’est le rôle de l’éducation. Pourtant, celle-ci se préoccupe de moins en moins de transmettre un savoir-être, au profit d’un savoir-faire. Elle vise davantage à nous permettre de faire face aux défis extérieurs de l’existence qu’aux défis intérieurs : comment être en paix avec soi-même et avec les autres ? Comment réagir face à la souffrance ? Comment nous connaître nous-mêmes et résoudre nos propres contradictions ? Comment acquérir une vraie liberté intérieure ? Comment aimer ? Comment finalement accéder à un bonheur vrai et durable, qui relève sans doute davantage de la qualité de relation à soi-même et aux autres que de la réussite sociale et de l’acquisition de biens matériels ?

 

 Pendant des millénaires, la religion a rempli ce rôle d’éducation de la vie intérieure. Force est de constater qu’elle le remplit de moins en moins. Non seulement parce qu’elle a, au moins en Europe, beaucoup moins d’influence sur les consciences, mais aussi parce qu’elle s’est rigidifiée. Elle offre le plus souvent du dogme et de la norme quand les individus sont en quête de sens. Elle édicte des credo et des règles qui ne parlent plus qu’à une minorité de fidèles et elle ne parvient pas à renouveler son regard, son langage, ses méthodes, pour toucher l’âme de nos contemporains qui continuent pourtant à s’interroger sur l’énigme de leur existence et sur la manière de mener une vie bonne. Pris en tenaille entre une idéologie consumériste déshumanisante et une religion dogmatique étouffante, nous nous tournons vers la philosophie et les grands courants de sagesse de l’humanité.

 

La sagesse est éternelle

 

Les sages du monde entier – de Confucius à Spinoza en passant par Épicure, Plotin ou Montaigne – nous ont légué des clés permettant de nourrir et de développer notre vie intérieure : accepter la vie comme elle est, se connaître et apprendre à discerner, vivre dans l’ « ici et maintenant », se maîtriser, faire le silence en soi, savoir choisir et pardonner. Ces clés de sagesse universelle n’ont rien perdu de leur pertinence.

 Elles nous aident toujours à vivre, car si notre monde a beaucoup changé, le cœur de l’être humain est toujours le même. Bien que vieux de deux mille cinq cents ans, le diagnostic du Bouddha sur ce qui rend l’homme heureux ou malheureux reste vrai. Le constat socratique sur l’ignorance source de tous les maux est d’une parfaite actualité. Les enseignements d’Aristote sur la vertu et l’amitié n’ont pas pris une ride. Les maximes d’Épictète, de Sénèque ou de Marc Aurèle sur le destin et le libre arbitre continuent de nous parler.

 

 Dire « oui » à la vie

 

Nous sommes tous confrontés à un certain nombre de faits que nous n’avons pas choisis, que nous n’avons pas voulus et qui nous sont en quelque sorte imposés : c’est ce que j’appellerais le « donné » de la vie.

 C’est notre lieu de naissance, notre famille, l’époque à laquelle nous vivons ; c’est notre corps, notre personnalité et notre intelligence, nos capacités, nos qualités, mais aussi nos limites et nos handicaps. Ce sont aussi les événements qui surviennent, qui nous touchent directement, mais sur lesquels nous n’avons pas de maîtrise et que nous ne pouvons pas contrôler. Ce sont les maladies, les aléas économiques, la vieillesse et la mort. C’est le « sort » de l’être humain.

 

On peut le refuser et vouloir que les choses soient autrement. On souhaiterait presque tous ne pas vieillir, ne jamais être malade, ne pas mourir. Certains rejettent leur culture, leur famille, leur lieu de naissance.

 

D’autres n’aiment pas leur corps, leur tempérament, et souffrent de certaines limitations physiques ou psychiques.

 

Ce refus est parfaitement compréhensible et légitime. Et pourtant la sérénité, la paix intérieure, la joie ne peuvent nous échoir sans un acquiescement à l’être et une acceptation profonde de la vie telle qu’elle nous est donnée, avec sa part d’inéluctable. Ce « oui » à la vie ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas chercher à évoluer, à modifier ce qui peut l’être, à contourner des obstacles évitables. On peut quitter un pays qui nous oppresse, s’éloigner d’une famille mortifère, développer des qualités, transformer certains handicaps physiques ou blessures psychologiques pour en faire des atouts. Mais ces changements ne peuvent intervenir que sur ce qui est modifiable, et ils ne nous seront profitables que si nous les opérons sans rejet violent du donné initial de notre vie.

 

On peut ainsi intervenir sur son apparence physique, mais nul ne peut éviter à son corps de vieillir. On peut prendre de la distance avec ses parents et sa famille d’origine, mais il sera impossible de trouver la paix intérieure si cette distance repose sur un ressentiment permanent, sur une haine tenace, sur un refus de ce qui a été. La sagesse commence par l’acceptation de l’inévitable et se poursuit par la juste transformation de ce qui peut l’être.

 

Confiance et lâcher-prise

 

La foi est l’une des dimensions les plus importantes de la vie intérieure. Je ne parle pas de la foi telle qu’on l’entend à propos des religions monothéistes, c’est-à-dire la croyance en Dieu sans preuve de son existence, mais de cette foi, que l’on pourrait qualifier de confiance, sans laquelle on ne peut pas avancer, progresser dans la vie. Les spiritualités orientales utilisent d’ailleurs indifféremment les mots de foi et de confiance pour parler de cet état d’être. Le bouddhisme, par exemple, part d’un constat empirique : sans une foi-confiance préalable dans le dharma, l’enseignement du Bouddha, tout progrès spirituel est impossible.

 

Et sans une foi-confiance préalable dans le maître, on ne peut pas intégrer ses enseignements. La raison en est simple : si nous n’avions pas foi que ce que nous allons étudier va nous être profitable, nous ne l’étudierions pas sérieusement. Les enfants connaissent cette vérité et ils l’appliquent spontanément : ils ont foi en leurs parents, ils les croient, et apprennent ce qu’ils leur transmettent. Cela vaut aussi bien pour la transmission de la culture et des valeurs que pour tous les autres apprentissages.

 

Il existe évidemment des cas de perversion de la confiance. Nous connaissons tous de mauvais maîtres, de mauvais parents, des individus malhonnêtes qui abusent de la foi naturelle et spontanée que nous mettons en eux. Adultes, nous avons également affaire à des personnes qui abusent de notre confiance ; ce n’est pas pour autant qu’il nous faut l’étouffer. Il est indispensable de développer notre esprit de discernement – j’y reviendrai par la suite –,

 mais il nous faut préserver en nous cette foi-confiance qui est indispensable pour avancer, pour progresser, pour grandir.

 Cette foi-confiance dans la vie se manifeste par une attitude que l’on retrouve sous divers noms dans les sagesses et les grands courants spirituels de l’humanité : l’abandon, la quiétude, le lâcher-prise. Jésus s’adresse à ses disciples, inquiets des aléas de la vie, pour leur recommander de s’abandonner à la Providence : « Voyez les corbeaux, ils ne font ni semailles, ni moisson, ils n’ont ni greniers ni magasins, et Dieu les nourrit. Vous valez tellement plus que les oiseaux ! »

 

Responsable de sa vie

 

Lâcher prise et acquiescer à l’être ne signifient pas qu’il faut subir sa vie et se cantonner dans une attitude de complète passivité. Accepter le donné de la vie et accueillir les imprévus de l’existence nous incitent au contraire à nous impliquer totalement. Cette implication est un mélange subtil d’abandon et d’engagement, de passivité et d’action, de réceptivité et de prise d’initiatives.

 

La vie demande un engagement. Si nous l’abordons sur la pointe des pieds, avec la crainte de nous y investir entièrement, pleinement, nous courons vers les échecs et nos bonheurs ne seront que tièdes. Cela est vrai à tous les niveaux : un sportif ou un artiste qui aspire à s’épanouir dans sa discipline n’a pas d’autre choix que de s’impliquer de tout son être. Celui ou celle qui s’engage en hésitant dans une relation amoureuse peut être assuré que cette relation n’aboutira pas. Il en va de même sur le plan professionnel ou celui des études : lorsqu’on ne fait son travail qu’à moitié, sans vraiment s’y appliquer, on n’en tire aucune satisfaction. Une vie réussie est toujours le fruit d’un engagement, d’une véritable implication dans tous les domaines de l’existence.

 

Nous sommes responsables de notre vie. Il nous appartient de développer les capacités que nous avons reçues, de corriger un défaut, de réagir de manière appropriée aux événements qui surviennent, de nous lier aux autres ou de vivre repliés sur nous-mêmes.

 

Nous sommes en charge de notre bonheur et de notre malheur. Cette attitude est aux antipodes de la position victimale malheureusement très répandue. Certaines personnes ne se sentent en effet responsables de rien : tout ce qui leur arrive est la faute des autres, de la malchance, de l’État. C’est toujours de l’extérieur que vient le mal et c’est toujours de l’extérieur qu’elles attendent la solution. Elles gémissent sur leur sort au lieu de se prendre en main, refusent de voir leur responsabilité dans ce qui leur advient et attendent systématiquement un secours de l’extérieur. Cette déresponsabilisation provient, en grande partie, d’un manque d’intériorité et de conscience de soi.

 

Agir et non agir

 

L’homme, lui, au-delà de sa survie, a besoin de s’investir dans un travail, dans une action, dans une création : l’inactivité lui pèse, au sens littéral du terme. Elle l’écrase, l’ennuie, l’empêche de se sentir totalement lui-même. Un homme qui ne fait qu’attendre dans l’oisiveté que le temps passe vit avec un goût d’inaccomplissement ; il ne peut pas développer son humanité dans toute sa richesse. Cette particularité se révèle dès la petite enfance quand, aussitôt qu’il commence à se déplacer, même à quatre pattes, l’enfant peut passer des heures à jouer avec des objets ou des éléments qu’il déconstruit et reconstruit. Un peu plus tard, il s’investit dans les constructions de toutes sortes, comme dans celle des châteaux de sable par exemple, un jeu qui l’amuse bien plus que la plupart des jouets que l’on trouve dans le commerce, rapidement consommés, puis abandonnés. Travailler, agir sur le réel, est un élément indispensable à notre bien-être et, plus encore, à la croissance de notre être. Je n’entends pas par travail uniquement ce qui nous permet de gagner de l’argent pour vivre, mais toute tâche, toute production dans laquelle nous nous investissons : la cuisine, le jardinage, le bricolage, la couture ; une activité manuelle ou intellectuelle, une œuvre associative.

 

En somme, tout ce qui nous permet de répondre à ce besoin essentiel à notre équilibre : agir sur le monde en le marquant de notre propre intériorité, se sentir un agent d’évolution du réel qui nous entoure.

 

La plupart des courants de spiritualité et de sagesse n’ont pas été ignorants de cette vérité qu’est l’épanouissement de l’esprit par le travail.

 

Cependant, et quels que soient les bénéfices du travail et de la création, nous devons apprendre à éviter un écueil : celui de l’hyperactivité, qui est la démesure de l’action et qui est tout aussi néfaste que l’absence d’action.

 

Silence et méditation

 

Pour prendre de la distance vis-à-vis des événements, nous avons besoin de solitude et de silence.

 

Mais nous en avons souvent peur. Dans notre monde moderne où nous vivons cernés par trop de mots et de musique, de bruit et de clameur, l’absence de sons nous apparaît angoissante. Une demi-heure sans stimulus extérieur nous inquiète : au lieu de nous réjouir de ce temps, nous nous précipitons sur notre téléphone pour être en contact avec le monde. Nous avons peur de nous retrouver seuls avec nous-mêmes, peur du silence intérieur auquel le silence extérieur ouvre la voie. Le vrai silence est celui que l’on trouve au fond de soi. Il ne consiste pas seulement à éteindre la radio ou la télévision, mais surtout à ne plus être prisonniers de nos pensées et de notre bruit intérieur, souvent encore plus parasitant que les sons provenant de l’extérieur. Vivre dans le silence ne sert pas à grand-chose si notre esprit est agité. De la même manière que notre corps réclame le repos, notre mental a lui aussi besoin de se calmer, de s’apaiser, d’échapper provisoirement aux tensions. Ce repos lui permet d’accéder à la contemplation, une activité qui est, selon le philosophe grec Aristote, « le parfait bonheur de

l’homme ».

 

 Comment méditer ?

 

Faire silence intérieurement n’est pas l’apanage des prophètes ni des maîtres en spiritualité. Cette capacité nous est donnée à tous, elle est le fruit d’un apprentissage fort accessible à travers un exercice simple, universel, répandu dans presque toutes les cultures, même s’il peut prendre des noms différents : il s’agit de la méditation. Une manière de pratiquer, particulièrement bien décrite par les bouddhistes, consiste à se placer dans un état de non- action totale, prélude à l’apaisement de l’agitation mentale. On n’y parvient pas forcément dès la première fois : ce n’est pas une raison pour abandonner, au contraire. L’exercice peut se pratiquer debout, allongé, en marchant, mais pour les débuts, mieux vaut privilégier la position assise, dans un fauteuil ou par terre. On commence par se couper du monde extérieur : si le téléphone portable est à portée de la main ou du regard, l’échec est assuré.

 

Ensuite, il faut fermer les yeux et, le dos bien droit, se concentrant sur la respiration, laisser filer les pensées, c’est-à-dire les observer de la même manière que, lorsqu’on est dans un train, on observe le paysage.

 

Les pensées se succèdent ainsi, elles sont là, on les laisse passer sans « monter » dans aucune d’entre elles. On respire profondément, calmement. Progressivement, on se détend et on entre en contact avec son corps, puis avec la profondeur de son esprit.

 


"Tout le monde croit que le fruit est l’essentiel de l’arbre quand, en réalité, c’est la graine." Friedrich Nietzsche.